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La circulation massive de produits cosmétiques non conformes, de compléments alimentaires non autorisés et d'injections commercialisées hors des circuits réglementaires continue d'inquiéter les acteurs engagés dans la protection de la santé publique en Côte d'Ivoire. Coordonnateur national du Programme de prévention contre la dépigmentation, président du Collectif des ONG de lutte contre la dépigmentation et les produits non conformes, ainsi que président de l'ONG CEMC-CI, Marcellin Doh monte au créneau et dénonce ce qu'il considère comme une grave défaillance des mécanismes de contrôle de l'État.

Face à la presse ce mercredi 3 juin 2026, l'activiste associatif accuse ouvertement la Police sanitaire et l'Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP) de ne pas remplir efficacement leur mission de protection des consommateurs face à la prolifération de produits qu'il qualifie de dangereux.

Une prolifération alarmante de produits non conformes

Pour Marcellin Doh, la situation ne cesse de se dégrader. Selon lui, le marché ivoirien est aujourd'hui largement envahi par des produits cosmétiques non conformes, prohibés ou présentant des risques pour la santé des consommateurs.

S'appuyant sur une enquête menée en 2017, il affirme que 83 % des produits éclaircissants et blanchissants alors présents sur le marché étaient non conformes à la réglementation en vigueur. Plus préoccupant encore, 34 % des produits recensés étaient soit fabriqués de manière artisanale, soit importés sans représentant légal identifié.

Ces chiffres sont d'autant plus inquiétants que la Côte d'Ivoire dispose depuis 2015 d'un cadre réglementaire spécifique à travers le décret n° 2015-288 du 29 avril 2015 portant réglementation des produits cosmétiques et d'hygiène corporelle.

Une menace majeure pour la santé publique

Pour le président de l'ONG CEMC-CI, il ne fait aucun doute que la situation constitue aujourd'hui un véritable problème de santé publique.

Selon lui, les consommateurs utilisent quotidiennement des produits dont ils ignorent souvent la composition réelle ainsi que les effets potentiellement nocifs sur leur organisme. Les risques concernent aussi bien les produits cosmétiques appliqués sur la peau que les compléments alimentaires, les injections vendues sur internet ou encore certaines pratiques d'IV-thérapie réalisées en dehors du cadre médical réglementaire.

Marcellin Doh insiste particulièrement sur les dangers liés aux injections esthétiques et aux traitements intraveineux pratiqués sans supervision médicale adéquate.

La Police sanitaire directement mise en cause

L'une des principales cibles des critiques de Marcellin Doh demeure la Police sanitaire. Bien qu'il reconnaisse son existence institutionnelle, il estime qu'elle est largement absente du terrain.

Selon lui, plusieurs courriers de dénonciation ont été adressés aux autorités compétentes sans qu'aucune réponse concrète n'ait été apportée. Il affirme également que la Police sanitaire justifie régulièrement son inaction par un manque de moyens financiers.

Le responsable associatif va plus loin. Il révèle que son organisation a proposé de contribuer à la prise en charge de certains frais logistiques afin de faciliter les opérations de contrôle, sans succès.

À ses yeux, aucune action significative n'est aujourd'hui menée pour retirer les produits dangereux des marchés ivoiriens.

Des contrôles jugés inexistants

Marcellin Doh remet également en cause l'efficacité du système actuel de surveillance du marché.

Il affirme que les infractions sont le plus souvent détectées et signalées par les ONG elles-mêmes avant d'être transmises aux autorités. Selon lui, les opérations de contrôle menées par les structures compétentes sont soit inexistantes, soit insuffisamment visibles pour constituer un véritable facteur de dissuasion.

Face à cette situation, il s'interroge ouvertement sur les raisons qui permettent encore à ces produits de circuler librement malgré les dangers qu'ils représentent.

L'AIRP également dans le viseur

L'Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique n'échappe pas non plus aux critiques du président du Collectif des ONG de lutte contre la dépigmentation et les produits non conformes.

Marcellin Doh rappelle que le décret réglementant le secteur cosmétique prévoyait initialement la création d'un comité interministériel regroupant notamment les ministères de la Santé et du Commerce. Dix ans après l'adoption du texte, ce comité n'aurait jamais vu le jour.

Selon lui, l'AIRP a finalement hérité de cette mission à la suite de démarches entreprises par son organisation, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Le responsable associatif estime que l'institution ne manifeste pas un intérêt suffisant pour la problématique alors même que des laboratoires et des structures techniques existent en Côte d'Ivoire pour assurer les contrôles nécessaires.

Des produits importés sans véritable contrôle

Autre sujet de préoccupation : l'importation de produits cosmétiques provenant d'Asie, de Chine, d'Europe ou des États-Unis sans contrôle préalable.

Marcellin Doh dénonce l'introduction sur le territoire national de produits qui, selon lui, ne sont pas systématiquement évalués par le Laboratoire national de santé publique avant leur mise sur le marché.

Il affirme également que certains produits retirés du marché béninois continuent d'être commercialisés en Côte d'Ivoire. Des enquêtes auraient même été demandées concernant certains produits soupçonnés d'être cancérogènes.

Le commerce en ligne dans le collimateur

Le développement des ventes en ligne constitue également une source majeure d'inquiétude.

Selon Marcellin Doh, une grande partie des produits commercialisés sur internet est importée sans représentant légal. Une situation qui complique considérablement la protection des consommateurs en cas de complications sanitaires ou de contentieux.

Pour lui, cette absence de traçabilité expose davantage les populations et favorise l'impunité de certains opérateurs

Une concurrence déloyale dénoncée

Au-delà des enjeux sanitaires, Marcellin Doh souligne les conséquences économiques de cette situation.

Les entreprises qui respectent la réglementation, paient leurs taxes et emploient du personnel se retrouveraient pénalisées face à des acteurs du secteur informel qui échappent aux contraintes administratives et fiscales.

Selon lui, l'absence de contrôle effectif crée une véritable distorsion de concurrence au détriment des opérateurs respectueux de la loi.

Les produits destinés à augmenter les seins et les fesses particulièrement pointés du doigt

Parmi les produits les plus préoccupants figurent également ceux présentés comme capables de développer les seins ou les fesses.

Marcellin Doh affirme que ces produits comportent des risques considérables pour la santé. Il évoque des complications graves ainsi que des décès liés à leur consommation.

Il cite notamment le cas d'une enseignante qui aurait perdu la vie après avoir utilisé des gélules destinées à augmenter le volume de la poitrine.

Concernant les produits dépigmentants, il assure que son ONG reçoit quotidiennement des victimes souffrant de lésions cutanées sévères et participe à leur prise en charge médicale grâce à plusieurs partenaires.

Un appel pressant aux autorités

Face à ce qu'il considère comme une crise sanitaire silencieuse, Marcellin Doh appelle le gouvernement à agir rapidement.

Tout en saluant l'engagement du ministre de la Santé et son soutien aux actions de son organisation, il estime qu'un contrôle plus rigoureux doit être exercé sur les structures chargées de la surveillance du marché.

Le président de l'ONG CEMC-CI demande soit la mise en place effective du comité interministériel prévu par le décret de 2015, soit une réforme profonde du dispositif actuel afin de renforcer la protection des consommateurs ivoiriens.

Pour lui, l'urgence est réelle. Sans réaction forte des pouvoirs publics, les produits non conformes continueront à circuler librement, exposant chaque jour davantage les populations à des risques sanitaires qu'il juge majeurs.

 

 

Alda Degré