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soudanLa guerre civile au Soudan cause des souffrances terribles à sa population, confrontée à une perspective funeste : une famine d'ampleur, dans un pays où la malnutrition est généralisée. Quelques années à peine après la signature d'un traité de paix mettant officiellement fin à la guerre du Darfour,

la région se dirige à nouveau peu à peu vers le précipice : la guerre civile pousse des centaines de milliers de personnes dans une citation proche de la famine, déjà en cours dans le gigantesque camp de Zamzam.

Une guerre civile dévastatrice entre militaires


Le Soudan est engagé depuis le 15 avril 2023 dans une guerre civile meurtrière entre l'armée du pays et un groupe paramilitaire, les Forces de soutien rapide (FSR). Ce conflit découle de la rivalité entre Abdel Fattah al-Burhan et le chef des FSR, Mohamed Hamdan Dogolo dit Hemeti, deux officiers qui ont fait leurs armes lors du conflit au Darfour. Ces derniers ont profité du renversement en 2019 du président Omar el-Bechir pour tenter de s'imposer au Soudan, malgré des espoirs de démocratisation, devenant les deux hommes forts du pays, qui se combattent désormais pour obtenir le contrôle total du pays.


Ce conflit a engendré en l'espace d'un an une des pires crises humanitaires du globe. D'après les données du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, 7,9 millions de Soudanais, soit 16 % de la population du pays, ont été déplacés au sein du pays, tandis que 2,1 millions d'autres ont fui à l'étranger. Les voisins du pays ne sont pas en mesure d'absorber ces flux de réfugiés, entre conflit en République centrafricaine et en Libye ou régions dévastées au Soudan du Sud et en Éthiopie.


Le principal danger qui guette les Soudanais, déjà menacés par de violents combats qui ont touché Khartoum comme des camps de réfugiés, est désormais la faim. 25,6 millions de Soudanais, plus d'un habitant sur deux, souffre de faim aiguë, et 755 000 d'entre eux sont au bord de la famine, alerte la dernière analyse de l'ONU.

Un camp au bord du gouffre

Le camp de Zamzam, au Darfour, reflète bien la situation humanitaire catastrophique : plus de 500 000 personnes y ont trouvé refuge, et subissent désormais la première famine depuis 2017, selon les critères fixés par l'Integrated Food Security Phase Classification (IPC). Cet outil chargé depuis 2004 d'étudier la sécurité alimentaire autour du globe explique qu'"il est plausible que la phase 5 de l'ICP [une famine] soit en cours en juillet 2024 dans le camp de Zamzam, près de la ville d'El Fasher", une situation qui durera a minima jusqu'à octobre.


Fondé en 2004 à 15 kilomètres d'El Fasher, capitale de la province du Darfour du Nord à la suite des conflits dans cette région, le camp de Zamzam ne comptait "que" 120 000 réfugiés en 2016, selon la Commission Européenne.

Mais le retour de la guerre dans tout le Soudan a conduit le camp à accueillir des réfugiés sans cesse plus nombreux, alors qu'El Fasher sert désormais de dernier bastion de l'armée face aux FSR, qui ont pris le contrôle du reste du Darfour. L'IPC cite même des estimations non confirmées jugeant que le camp pourrait en fait compter jusqu'à 800 000 personnes.

Les combats à proximité touchent régulièrement le camp : un bombardement d'artillerie des FSR a engendré la mort de 23 personnes le 3 août, tandis que des frappes aériennes conduites par l'armée ont blessé 3 enfants le lendemain. Des inondations ces dernières semaines complètent le tableau, faisant du camp de Zamzam l'un des lieux les plus dangereux de tout le Soudan.


Une famine engendrée par les belligérants

Mais c'est bien la famine qui risque de ravager le dernier refuge de nombreux Soudanais. La directrice de l'Agence des États-Unis pour le développement international citée par Associated Press a dénoncé cette famine comme créée par l'homme : les deux camps, "soutenus par des camps étrangers, utilisent la famine comme une arme de guerre". L'implication de puissances comme les Émirats arabes unis ou la Russie et l'Iran contribue ainsi à une catastrophe généralisée à Zamzam comme dans le reste du Darfour.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à pointer l'origine humaine de la malnutrition au Soudan : des spécialistes des Nations Unies soulignent également que "l'armée comme les FSR utilisent la nourriture comme une arme et affament des civils".

L'entrée d'aide humanitaire dans le Darfour est contrôlée par l'armée soudanaise, qui n'a mis en place qu'un seul point de passage frontalier, tandis que la nourriture est ensuite stoppée par les FSR ou n'arrive pas jusqu'aux civils à cause des lourds combats.

Médecins sans Frontières dénonçait justement le 1er août le blocage de ses camions d'aide humanitaire, retenus par les FSR à 180 kilomètres d'El Fasher depuis plus d'un mois, alors qu'ils transportent de l'aide vitale pour Zamzam et la ville assiégée.

Selon le Wall Street Journal, l'ONG ne distribue plus sur place des kits de nourriture thérapeutique à forte valeur calorique aux enfants souffrant de malnutrition modérée, afin d'en économiser suffisamment pour les enfants touchés par une malnutrition sévère, l'ONG annonçant qu'il ne lui reste que "quelques semaines de stock".

Si aucune pression n'est exercée sur les militaires qui se déchirent pour obtenir le pouvoir suprême, la famine pourrait donc bien se généraliser dans l'ensemble du pays.

 

 

 Benjamin Laurent 
GEO

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