
Le débat sur les produits cosmétiques à risque ne porte désormais plus seulement sur leur identification. Pour le Centre d’Éducation Médicale et Citoyenne de Côte d’Ivoire (CEMC-CI), il faut aussi comprendre ce qui se passe avant et après la mise sur le marché.
L’organisation l’a rappelé jeudi 1er octobre 2026 à Yopougon, à l’occasion d’un point presse consacré à la restitution de plusieurs semaines de démarches auprès des institutions publiques.
Depuis le 17 août, le CEMC-CI dit avoir entrepris une série de contacts avec l’administration, le Parlement et les structures intervenant dans la régulation des produits cosmétiques. Son objectif affiché : obtenir des précisions sur les mécanismes de contrôle et sur le cas des 2 639 produits cosmétiques présentés comme présentant des risques élevés.
Pour Marcellin Doh, président du CEMC-CI et porte-parole du Collectif des ONG de lutte contre la dépigmentation artificielle en Côte d’Ivoire (COLCDA), plusieurs questions restent ouvertes.
La première concerne le contrôle du marché. Au ministère du Commerce, l’organisation affirme avoir rencontré la Direction régionale d’Abidjan Centre 1, l’Inspection générale, la Direction de la répression des fraudes et du contrôle qualité ainsi que la Direction générale du commerce intérieur.
Ces échanges ont notamment porté sur la surveillance des produits cosmétiques et sur les possibilités de renforcer la coopération entre les services de l’État et la société civile. Le CEMC-CI souhaite notamment disposer d’un mécanisme facilitant le signalement des produits suspects et la transmission des informations aux services compétents.
Du côté du ministère de la Santé, l’organisation indique avoir abordé la question de la police sanitaire lors d’une séance de travail avec l’Inspection générale de la santé.
Le CEMC-CI affirme toutefois ne pas avoir obtenu, à ce stade, de réponse officielle sur le risque associé aux 2 639 produits évoqués.
C’est précisément la méthode de classification qui constitue l’un des principaux sujets d’interrogation de l’organisation.
Selon la lecture faite par le CEMC-CI de la restitution de l’Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP), la classification aurait notamment pris en compte la présentation des produits, leur emballage, leur composition déclarée et plusieurs caractéristiques générales.
L’ONG souhaite savoir si cette démarche a également reposé sur des analyses réalisées par des laboratoires agréés. Elle cite notamment le Laboratoire national de santé publique et demande à connaître les éventuelles étapes d’analyse ayant précédé la classification.
Cette question en entraîne une autre : comment un produit passe-t-il de son évaluation à son autorisation de commercialisation ?
Le CEMC-CI demande davantage de précisions sur les différentes étapes de cette procédure, mais aussi sur les contrôles réalisés une fois les produits disponibles sur le marché.
Pour l’organisation, la surveillance ne devrait pas s’arrêter au moment où un produit est autorisé. Elle doit également permettre de détecter d’éventuels risques après sa commercialisation et de déterminer les mesures à prendre lorsqu’un problème est identifié.
Le CEMC-CI dit avoir voulu porter directement ces interrogations auprès du Conseil de régulation de l’AIRP. Selon Marcellin Doh, les démarches entreprises pour rencontrer son président n’ont pas encore abouti.
L’organisation s’est également tournée vers les institutions parlementaires. Elle affirme avoir saisi l’Assemblée nationale et le Sénat. Seul le Sénat l’aurait reçue à ce stade.
Lors de cette rencontre, le CEMC-CI dit avoir présenté ses préoccupations ainsi que les éléments dont il dispose. Le Sénat aurait, à son tour, annoncé son intention de se rapprocher de l’AIRP pour obtenir des explications et confronter les différents éléments avant d’envisager d’éventuelles suites.
Reste également la question de la liste des produits classés par niveau de risque. L’AIRP avait annoncé sa publication, rappelle le CEMC-CI. Trois semaines plus tard, l’organisation affirme que cette liste n’est toujours pas disponible.
Pour le CEMC-CI, cette publication permettrait aux consommateurs et aux différents acteurs du secteur de mieux comprendre la situation. Mais l’ONG veut aller plus loin : elle demande également de savoir quelles dispositions sont prévues pour les produits déjà présents sur le marché et pour les consommateurs qui auraient subi des conséquences liées à leur utilisation.
Le point presse de Yopougon intervient ainsi après plusieurs semaines de démarches. Le CEMC-CI dit vouloir maintenir les échanges avec les autorités, tout en demandant des réponses précises sur les procédures de contrôle.
Au fond, les interrogations de l’organisation couvrent toute la chaîne : comment les produits sont-ils évalués ? Comment leur niveau de risque est-il établi ? Quelles analyses sont réalisées ? Comment leur commercialisation est-elle autorisée ? Et quelles mesures sont prises lorsqu’un produit considéré comme problématique se retrouve déjà entre les mains des consommateurs ?
Le CEMC-CI entend poursuivre ses démarches jusqu’à obtenir des éclaircissements sur ces différents points.
Mathias Zinsou
