
La tension reste vive dans la filière cacao en Côte d’Ivoire. Depuis le 16 septembre 2026, le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) observe une grève illimitée et poursuit sa campagne de mobilisation auprès des producteurs. Dernière étape en date, Bouaflé, où le syndicat a rencontré ses bases, lundi 21 septembre, pour exposer ses revendications et maintenir la pression sur les autorités de la filière.
La rencontre s’est tenue à « La Maison du Planteur », au quartier Marahoué, en présence du président national du SYNAP-CI, Koné Moussa, et de plusieurs producteurs de la région. La séance a débuté par une minute de silence en hommage à Diarrassouba Ibrahim, ancien coordinateur local du syndicat, récemment décédé.
Face aux producteurs, le responsable syndical a présenté la mobilisation comme une réponse aux difficultés rencontrées sur le terrain. « Ce n’est pas une action politique, c’est un combat de survie », a-t-il déclaré, pour résumer la position de son organisation.
Au cœur des préoccupations exprimées figure la commercialisation du cacao. Le SYNAP-CI dénonce notamment la présence de stocks encore détenus par certains planteurs alors que la nouvelle campagne est déjà engagée. Pour le syndicat, cette situation fragilise davantage des producteurs confrontés à des difficultés de trésorerie et à des charges importantes.
La question de la carte du producteur constitue également un point de désaccord. Depuis le 1er septembre 2026, la carte du producteur est obligatoire pour les transactions de café et de cacao dans le cadre du Système national de traçabilité (SNT). Le Conseil du Café-Cacao présente ce dispositif comme un outil destiné notamment à renforcer la traçabilité de la production, à sécuriser les transactions et à répondre aux nouvelles exigences des marchés internationaux.
Le SYNAP-CI, de son côté, exprime des réserves sur les conditions de mise en œuvre du dispositif et s’interroge notamment sur les mécanismes de commercialisation et les plafonds de vente associés à la carte du producteur.
Le syndicat soulève également des interrogations concernant la traçabilité. Selon ses responsables, certains producteurs auraient reçu des notifications faisant état de ventes de cacao qu’ils affirment ne pas avoir effectuées. Le Conseil du Café-Cacao rejette ces accusations et assure que le Système national de traçabilité fonctionne normalement depuis son entrée en vigueur.
Dans ce contexte, le SYNAP-CI maintient deux principales revendications : la prise en charge immédiate des stocks de cacao encore détenus par les producteurs et le départ de Koné Brahima Yves, directeur général du Conseil du Café-Cacao. Ces exigences constituent, selon le syndicat, les conditions essentielles à la sortie de crise.
À Bouaflé, le coordonnateur régional du SYNAP-CI, Goré Bi Tiéssé Roméo, a également appelé les producteurs à rester mobilisés. « Nous travaillons beaucoup, nous souffrons beaucoup, mais ce sont souvent d’autres personnes qui bénéficient des fruits de notre travail à notre place. Ce n’est pas normal », a-t-il déclaré.
Cette mobilisation intervient alors que la campagne 2026-2027 vient de débuter dans un contexte marqué par la mise en place de nouvelles procédures de commercialisation et de traçabilité. Le Conseil du Café-Cacao affiche, pour sa part, un prix minimum garanti de 1 200 francs CFA le kilogramme pour les producteurs au titre de la campagne 2026-2027.
Le bras de fer entre le syndicat et l’organe de régulation se poursuit donc. Tandis que le SYNAP-CI entend maintenir son mot d’ordre de grève et élargir la mobilisation dans les zones de production, le Conseil du Café-Cacao défend son dispositif de traçabilité et affirme que celui-ci fonctionne normalement.
À Bouaflé comme dans d’autres régions productrices, les prochaines semaines pourraient ainsi être déterminantes pour l’évolution de la crise. Pour les producteurs mobilisés, l’enjeu dépasse désormais la seule commercialisation des stocks : il porte également sur les conditions de fonctionnement de la filière et sur la confiance entre les différents acteurs.
Israël Kouamé, Correspondant régional
